Maladies cardio-vasculaires et cancers : un combat commun

Étude 1 - Dossier de presse Belgian Society of Cardiology 2020

Constats clefs

  • Les maladies cardio-vasculaires et cancers représentent les deux principales causes de mortalité dans les pays industrialisés.
  • Cancers et maladies cardio-vasculaires partagent des mécanismes moléculaires et physiopathologiques communs impliqués à la fois dans le développement des maladies cardio-vasculaires et des cancers.
  • L’activité physique et le contrôle des facteurs de risque cardio-vasculaire permettraient une réduction de l’incidence de certains cancers. Il s’agit ici surtout du cancer colorectal, du cancer du sein et de l’endomètre chez la femme et du cancer de la prostate chez l’homme.
  • Certaines thérapeutiques prescrites en prévention primaire ou secondaire dans le cadre de la prise en charge des maladies cardio-vasculaires (telles que l’aspirine) peuvent avoir des effets sur le plan carcinologique. Les mécanismes biologiques associés à la réduction des maladies cardio-vasculaires et du cancer sont probablement multifactoriels. Ils sont dus à la réduction du tissu adipeux, à la circulation des œstrogènes, à la modulation des facteurs pro-inflammatoires et à l’amélioration de la sensibilité à l’insuline

Maladies cardio-vasculaires et cancers : principales causes de décès en Europe

Dans le monde, le nombre total de personnes en vie dans les 5 ans suivant le diagnostic de cancer est estimé à 43,8 millions, dont 200 000 en Belgique. Au total, environ 350 000 Belges ont récemment vaincu le cancer. Quelque 25 % d’entre eux souffrent de maladies cardiovasculaires après le traitement de leur cancer.

Quelque 423 millions de personnes souffrent à l’heure actuelle de maladies cardiovasculaires, auxquelles 17,9 millions de personnes succombent chaque année. En Belgique, les maladies coronariennes et le cancer sont respectivement responsables de 31 % et 23 % des décès pour les femmes et de 27 % et 29 % des décès chez les hommes. Par rapport à leurs proches, les survivants du cancer sont dix fois plus susceptibles de développer une maladie coronarienne, une insuffisance cardiaque ou un événement cérébrovasculaire. Parmi les survivants atteints de tout type de cancer diagnostiqué avant l’âge de 55 ans, le risque de décès cardio-vasculaire est même plus de dix fois supérieur à celui de la population générale. Le risque de décès par maladies cardio-vasculaires est 2 à 6 fois supérieur à celui de la population générale au cours de la première année de diagnostic du cancer ; ce risque augmente à mesure que les survivants sont suivis pendant dix ans ou plus.

Deux maladies différentes, des facteurs de risque communs

Bien qu’ils soient communément considérés comme deux entités pathologiques distinctes, les maladies cardio-vasculaires et le cancer possèdent diverses similitudes et interactions possibles. Il est ainsi possible d’identifier un certain nombre de facteurs de risque similaires, tels que l’obésité et le diabète, suggérant une biologie partagée.

1)      Obésité

Jusqu’à 20% des tumeurs malignes pourraient être liées au poids, à la prise de poids et à l’obésité. Environ 20 % des Belges souffrent de surcharge pondérale. Le risque de cancer chez les personnes obèses semble plus élevé avec l’augmentation de l’indice de masse corporelle (IMC). Par exemple, il augmente de pas moins de 12 % chez ceux dont l’IMC se situe entre 27,5 et 29,9, chiffre qui grimpe à 70 % chez ceux avec un IMC de 40 à 49,9. Les effets cancérogènes de l’obésité peuvent différer selon le sexe, un phénomène dont l’incidence est particulièrement marquée pour le cancer du côlon. Le risque de développer un cancer colorectal est en effet jusqu’à 55 % supérieur chez les hommes souffrant d’obésité que chez les femmes.

2)      Diabète

En 2015, plus de 400 millions de personnes souffraient de diabète dans le monde. En Belgique, 730 000 personnes, soit 6,4 % de la population, étaient touchées par cette maladie. Le diabète sucré affecte un certain nombre de systèmes différents dans le corps. Les effets macrovasculaires délétères en font un risque de maladie cardio-vasculaire. De nombreuses études établissent un lien entre le diabète sucré et le risque de cancer. Ainsi, le risque de développer un cancer serait 2,5 fois plus élevé pour certaines formes de cancer, surtout chez les femmes. Le diabète aurait également une incidence sur la progression des cancers (notamment colorectaux, mammaires, endométriaux, hépatiques, pancréatiques et vésicaux)

3)      Hypertension

L’hypertension est un facteur de risque bien établi pour les maladies cardio-vasculaires. Elle constitue un problème de santé majeur dans le monde, car elle affecte environ 3 adultes sur 10 de plus de 20 ans, entraînant une morbidité et une mortalité élevées. En Belgique, environ 25 % de la population souffrent d’hypertension. Or, elle est responsable de près de 50 % des affections coronariennes, des accidents vasculaires cérébraux et des insuffisances cardiaques. Environ 14 % des décès totaux en 2015 étaient liés à l’hypertension. En outre, environ 10 % des dépenses de santé sont directement liées à l’augmentation de la tension artérielle et à ses complications. L’hypertension est également associée à plusieurs types de cancer spécifiques. Sa responsabilité dans le carcinome à cellules rénales est particulièrement élevée (risque 1,6 fois supérieur de développer le cancer). À chaque augmentation de la tension artérielle systolique et diastolique de 10 mmHg, le risque de cancer du rein bondit de 22 %.

4)      Alimentation malsaine

La nutrition est un des facteurs majeurs qui peut influencer les maladies cardio-vasculaires. Par contre, le rôle de la composition alimentaire dans le risque de cancer varie. Il existe par exemple des cancérogènes connus dans les sources alimentaires, comme les aflatoxines et les nitrosamines, dont le risque est attesté. À cela s’ajoutent toutefois des composants alimentaires contribuant à l’obésité, à l’hypertension, à l’hyperlipidémie ou à une augmentation du taux de cholestérol, aux triglycérides et aux maladies inflammatoires chroniques qui augmentent le risque de cancer. Les effets des lipides sériques sur les maladies coronariennes sont bien connus. En revanche, l’hyperlipidémie en tant que facteur de risque de cancer reste peu concluante sur la base de données hétérogènes, quoique son incidence semble plus concluante pour les cancers du sein et moins convaincante pour certains autres cancers.

5)      Alcool

Des niveaux élevés d’alcool sont directement associés à une mortalité accrue, des maladies cardio-vasculaires, des triglycérides élevés, une hypertension, une fibrillation auriculaire, une cardiomyopathie et au risque d’accident vasculaire cérébral.  Il existe également des preuves d’une relation causale entre l’alcool et les cancers du sein, oropharyngés, laryngés, œsophagiens, hépatiques, colorectaux et pré- et post-ménopausiques.

6)      Tabagisme

Environ 23 % des Belges fument. Cette habitude nocive exerce incontestablement une influence considérable sur les maladies cardio-vasculaires et la mortalité. Elle contribue via de nombreux mécanismes à tous les stades de l’athérosclérose, une maladie caractérisée par des dépôts adipeux sur la paroi des artères. Or, le tabac est un facteur de risque pour bien des cancers dont la prévention est aisée. Le tabagisme est responsable de plus de 30 % de tous les décès liés au cancer. De plus, l’incidence de l’infarctus du myocarde est multipliée par six chez les femmes et par trois chez les hommes qui fument au moins 20 cigarettes par jour, par rapport aux sujets qui n’ont jamais fumé. Cela dit, les personnes qui ne fument que quelques cigarettes par jour courent un risque accru de maladies cardio-vasculaires. Même les fumeurs qui consomment moins de cinq cigarettes par jour présentent déjà un risque accru de maladies cardio-vasculaires.

Prédire et prévenir en évitant les facteurs de risque

Si les progrès thérapeutiques ont permis un allongement considérable de l’espérance de vie d’un patient, ils ont également entraîné un plus grand chevauchement des deux maladies. En effet, des millions de survivants du cancer sont désormais à risque de développer des maladies cardio-vasculaires. Cela est dû à la radiothérapie et aux complications de la chimiothérapie, mais aussi aux facteurs de risque communs. Le cancer est désormais considéré comme un facteur de risque cardio-vasculaire.

Ces dernières décennies, la détection et la prévention des maladies cardio-vasculaires sont devenues primordiales dans le domaine de la médecine cardio-vasculaire. L’Organisation mondiale de la Santé estime que plus de 30 % des décès liés au cancer pourraient être évités en modifiant ou en évitant certains facteurs de risque. La correction des facteurs de risque est aussi clairement associée à une diminution des maladies cardio-vasculaires. Il s’agit essentiellement du tabagisme, de l’obésité, des régimes alimentaires pauvres en fruits et légumes, de l’inactivité, de la consommation d’alcool, de la pollution de l’air et de la fumée intérieure des combustibles solides.

En d’autres termes, l’activité physique et le contrôle des autres facteurs de risque cardiovasculaire permettraient une réduction de l’incidence de certains cancers comme le cancer colorectal, le cancer du sein et de l’endomètre chez la femme et le cancer de la prostate chez l’homme.

Médication pour les maladies cardio-vasculaires dans la lutte contre le cancer

L’utilisation de médicaments destinés au traitement des maladies cardio-vasculaires peut également jouer un rôle important dans la prévention et le traitement du cancer. À titre d’exemple, une méta-analyse portant sur l’association entre l’aspirine et le cancer colorectal a révélé que l’aspirine pourrait réduire le risque de cancer colorectal de 24 %. Il en va de même pour certains nouveaux anti-inflammatoires comme le Canakinumab, qui ciblent l’interleukine 1-Beta et réduisent significativement l’incidence d’évènements cardio-vasculaires et de cancer du poumon. Le taux de mortalité liée aux maladies cardio-vasculaires graves a baissé de 15 % chez les personnes traitées par Canakinumab avec une dose de 150 mg. Cette baisse se constate également pour le cancer du poumon, dont l’incidence diminue significativement avec le Canakinumab (jusqu’à 67 % suivant le dosage).

Nouveau conseil de cardio-oncologie

Afin de lutter contre les maladies cardio-vasculaires chez les patients cancéreux, la Belgian Society of Cardiology a lancé un nouveau Conseil de cardio-oncologie. Il est chargé d’informer les médecins sur la prévention et la gestion des maladies cardio-vasculaires liées aux traitements anticancéreux et à la radiothérapie. Une bourse de recherche spécifique de la Fondation Belge du Cœur a également été créée pour promouvoir la recherche dans ce domaine.

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Persdossier BSC 2020_FR_13.02.2020.pdf 449 KB
Astrid Dupuis Project Manager, Two cents
A propos de BSCardio

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